Entrevue | Ségolène Roederer et la campagne Un cinéma riche en histoire

Entrevue par Martine Boucher
Crédit photo: Vivien Gaumand  


Mardi le 3 juin dernier, Québec Cinéma en collaboration avec LG2, Quatre Zéro Un et Les Enfants, dévoilait pour la toute première fois sa campagne de promotion du cinéma québécois. La campagne réutilise de façon ludique plus d'une quarantaine de titres de films québécois, sous forme de cadavre-exquis. Ce projet, qui s'étendra sur un an, a pour but de stimuler la curiosité du public et renforcer le sentiment de fierté et d'appartenance qu'ont les Québécois pour les créations ''Fabriquées au Québec''. Au lendemain de ce dévoilement Petite Boite a eu l'honneur de s'entretenir avec Ségolène Roderer, directrice générale de Québec Cinéma, pour discuter de cette campagne qui laissera assurément des traces.

Petite Boîte: Hier avait lieu le dévoilement de la campagne Un cinéma riche en histoire, êtes-vous satisfaite des réactions?

Ségolène Roederer: Ça a été un très beau moment! C'est un projet qui s'est fait dans la joie et dans la collaboration. Les gens ont donné de leur temps et de leur expertise; le résultat  a été très avenant! Les gens ont beaucoup aimé la campagne. Ça a beaucoup ri, c'était très dynamique! Ce projet répond à un besoin d'être ensemble pour promouvoir notre cinéma et c'est une première pour une campagne comme celle-ci qui ne promouvoit non pas qu'un film, mais le cinéma au sens large du terme. Ça a été très bien reçu, ce fût vraiment un très beau moment!

P.B: Parlez nous de la campagne en soi? C'est une vaste campagne qui s’étend du cinéma au web...

S.R: On a donné un mandat assez précis à LG2 : une campagne générique qui soit ludique, qui donne goût aux spectateurs de s’intéresser au cinéma d’ici, qui éveille leur curiosité, une campagne qui couvre également le cinéma plus ancien et celui plus grand public, et finalement qui aille aussi toucher tous les genres et qui mette en valeur la variété de notre cinéma! L'équipe LG2 est reparti avec ça et nous ont proposer de travailler avec les titres des films. Nous avons donc 4 campagnes imprimées, qui sont en fait des affiches, où on retrouve une phrase composée avec trois titres de film par exemple: Sarah préfère la course, les pieds dans le vide dans une galaxie près de chez vous! Ces affiches seront exposées dans différents endroits. Dès demain les quatre affiches format géant seront mises sur les murs d'affiches de la rue Saint-Laurent coin Ste-Catherine et il y aura des actions de la part du publiciste qui vont changer les titres chaque jour, comme si on venait faire du ''tag'' dessus, afin que le contenu change à chaque jour. Il y aura également dans La Presse Plus ce weekend, tout un travail qui permettra aux lecteurs de faire leur propres cadavres-exquis avec les titres des films qui auront un lien direct vers la bande-annonce du film. Les gens pourront donc s'amuser avec les titres des films pour faire leurs propres phrases et s'ils le veulent également, se souvenir d'un film ou s'ils ne le connaissent pas, de le découvrir. 

Il y a également la campagne pour le cinéma, la télévision et le web, où il y a trois capsules qui ont été filmé sous la forme de court-métrages; Il y a une version 30 secondes  pour la télé et une version 60 secondes pour le cinéma. Les dialogues sont exclusivement constitués des titres de films et ce sont trois ''films'' différents: Il y a un film noir, dramatique et un film de mœurs. Les gens ne comprendront peut-être pas le concept dès le début, bien sur les cinéphiles comprendront plus rapidement.

P.B: La campagne se déploiera sur un an! C'est une première pour ce genre de campagne, pourquoi la faire cette année?

S.R: On a senti une belle implication des partenaires qui ont tous accepter de faire partie de la campagne et de la diffuser. Donc il y a une envie de continuer à faire des campagnes qu'on appelle ''de catégorie'' donc, qui englobe toute un catégorie et non un seul produit, ici c'est le cinéma! C'est un peu comparable aux publicités pour les fromage du Québec. On a senti quand on est arrivé avec cette idée, qu'il y avait un besoin de rassembler les gens. Donc, on espère qu'on ne va pas en rester là, que ça va être une campagne évolutive, qu'il y ait d'autres projets qui s'y ajoute en cours de route et que ça continue.

P.B: Donc, c'est quelque chose que vous aimeriez perpétuer à chaque année...

S.R:  C'est ce qu'on souhaiterait! Pour l'instant, nous sommes très heureux de la résonance que ça a. On va voir la portée que ça a et si on doit l’accroître un petit peu et puis, on verra...

P.B: Notre cinéma, parlons en! Certains parlent d'une crise du cinéma Québécois, d'autres refusent de dire que le cinéma Québécois va moins bien que le cinéma d'ailleurs! À votre avis, comment va notre cinéma?

S.R: Je pense que le cinéma Québécois va très bien dans le sens que pour la population qu'on est, pour le pays qu'on est et pour les moyens que nous avons, on a une cinématographie extrêmement vivante, extrêmement performante. Nous l'avons vu encore avec ce retour du festival de Canne absolument incroyable! On a une véritable cinématographie nationale très riche et diversifiée, qui est très enviable de la part de nombreux pays. C'est très particulier et c'est à protéger! Le problème qu'on a et que tous les pays ont, c'est au niveau du modèle d'affaire de la distribution et de la diffusion du cinéma. Ça a toujours été complexe, avec le fait d'une industrie totalement dominée par les Américains. Nous sommes complètement régulé par le marché Américain et le fait qu'on soit beaucoup plus riche dans ce qu'on propose, il y a définitivement un problème avec la manière dont ça se passe après au niveau de la distribution et de la diffusion. Effectivement, pour les salles de cinéma ce n'est pas viable de présenter des films qui n'ont pas beaucoup d'entrées, ils sont obligés de les enlever pour mettre d'autres films alors qu'on devrait pouvoir, avec nos films, rester beaucoup plus longtemps en salle et donner le temps aux gens de se demander ce qu'ils vont voir aujourd'hui, d'avoir un plus grand choix de films Québécois. C'est la problématique majeure et elle existe pour toutes les cinématographie nationale de petite envergure comme nous. Comment faire avec ça? Est-ce que la solution c'est d'utiliser les nouveaux médias, le web et tout? C'est assez dur à concevoir dans le mesure ou le cinéma c'est pour le grand écran, mais en même temps les vues sur le net ne sont pas comptabilisées...

P.B: Justement avec l'arrivée des nouvelles technologies, il y a des gens qui se disent «Plus besoin d'aller en salle, je peux voir les films sur le web!» Ça a un impact direct sur le cinéma!

S.R:  Absolument! Tout cela est a considérer, mais je fais parti des gens qui refusent de dire qu'il y a une crise du cinéma Québécois. Je pense qu'il y a véritablement un problème avec le fait que les Québécois n'ont pas assez accès à leurs films. Il faut réfléchir à comment on peut faire pour qu'ils aient plus accès et aussi, comment on peut faire pour les inciter à avoir plus de curiosité pour leur cinéma. L’enjeu promotionnel j'y crois beaucoup, mais l'enjeu commercial et industriel, d'un modèle d'affaire à repenser, j'y crois aussi! C'est vrai que ce n'est pas possible que dans la vie qu'on vit, avec toute l'offre que nous avons et effectivement avec l'accès à toutes sortes de films à tous heures du jour ou de la nuit, ce n'est pas possible de laisser nos films deux semaines au cinéma et qu'il sorte en film, ça me parait inconcevable! Mais je le comprend parce qu'Actuellement ce n'est pas viable avec la façon dont ça fonctionne en ce moment! Il n'y a pas si longtemps, dans les années 70 ou 80, un film pouvait rester 3 mois en salle. Moi, je crois que c'est là qu'est la crise, au niveau de notre modèle d'affaire, mais pas au niveau de notre cinéma! Ça je n'y crois pas du tout! Certaines personne veulent consommer que des gros BlockBuster, et je crois que ces gens il faut essayer de les initier à d'autres choses. Le cinéma ce n'est pas JUSTE du divertissement, c'est aussi porteur d'autres choses. Nos films sont très diversifiés.

Je sens que le Québec a un besoin d'appartenance envers son cinéma et j'espère que la campagne va jouer ce jeu-là et que ça pourra se répéter et c'est pas pour ça que tous le monde doit aimer tous les films Québécois... Ce n'est pas un œuvre de charité d'aller voir les films Québécois; c'est réellement de reconnaître ce qu'on est et d'en être fiers et puis après d'aller choisir ce que nous avons envie ou pas de regarder et... d'avoir l'occasion de le faire!

P.B: Merci beaucoup Ségolène! Je vous souhaite une belle campagne de promotion pour notre cinéma d'ici!

S.R: Merci à vous!


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