Entrevue | Accouchement à la maison avec une sage-femme

Entrevue par Martine Boucher
Photos : Melyssa

Grâce aux réponses généreuses de Melyssa, nous pourrons en découvrir plus sur une pratique assez rare en 2016 : L'accouchement à la maison. Personnellement, c'est une pratique qui m'intrigue beaucoup et qui en même temps me rend craintive. Je ne sais pas si j'aurais l'audace d'accoucher à la maison. On a tendance à associer cette pratique au temps de nos arrières grands-mères et disons qu'à l'époque ce n'était pas toujours rose! Melyssa, nous raconte : Accoucher à la maison en 2016, ce n'est pas comme accoucher à la maison en 1930... Il y a une foule d'avantages à mettre notre enfant au monde dans le confort de notre chez-soi accompagnée d'une sage-femme. C'est ce que vous découvrirez à travers cette entrevue. 

Melyssa, pourquoi as-tu choisi d’accoucher à la maison?

Depuis que je suis toute petite, je disais que plus tard j'allais accoucher à la maison. Avec l'évolution de la médecine et en vieillissant, l'idée m'est sortie de la tête. Je me disais que ça ne se faisait plus... À mon grand bonheur, oui c'est toujours possible et encore plus sécuritaire que jamais! Dans ma tête, un accouchement est un événement heureux. Je pense qu'on ne devrait pas accoucher au même endroit qu'on se fait soigner quand on est malade.

Comment as-tu entendu parler de la possibilité d'accoucher à la maison?

Quand je suis tombée enceinte la première fois en avril 2013, j'ai suivi la vague et été voir une gynécologue: suivi très rapide, très expéditif, j'étais déçu et j'avais encore en tête mon accouchement de rêve à la maison. Malheureusement, ma grossesse s'est terminée en fausse couche à 12 semaines. C'est là que j'ai commencé à faire des recherches sur la possibilité d'accoucher à domicile pour une future grossesse. Quand je suis tombée de nouveau enceinte quelques mois plus tard, j'ai tout de suite contacté les sages-femmes de la maison de naissance. J'étais vraiment emballée! Malheureusement, puisque je déménageais à 37 semaines de grossesse l'accouchement à domicile n'était pas possible parce qu'ils devaient évaluer le domicile avant la 36e semaine. À ce moment-là, j'ai quand même opté pour un accouchement en maison de naissance qui était un excellent compromis. 

Comment a réagi ton conjoint à cette décision?

Mon conjoint c'est aussi mon meilleur ami! On ne s'entend pas toujours sur tout, mais sur ce point, il était très d'accord. Il ne m'a pas regardé bizarrement quand je lui ai emmené l'idée et dès la première visite à la maison de naissance, il était déjà conquis!

Comment t’es-tu préparé à ton accouchement?

Pour ma part, je fais beaucoup de visualisation positive. Je visualise l'accouchement. En réalité, penser à l'accouchement me rend réellement sereine! J'ai aussi lu le livre Une naissance heureuse d'Isabelle Brabant (que j'ai relu pour mon deuxième enfant. On ne se tanne pas!) Les rendez-vous avec la sage-femme sont aussi d'excellents préparatifs à l'accouchement. Toutes mes questions étaient très bien répondues et tout m'était bien expliqué. 

Quelles étaient tes craintes face à l’accouchement?

Quand je pense à l'accouchement, je n'ai pas vraiment de crainte. J'avais peur d'être provoquée ou d'un transfert d'urgence à l’hôpital, mais sinon, je n'avais pas vraiment de crainte.

Quels étaient tes souhaits pour ton accouchement? 

Je voulais une ambiance relaxante, que mon conjoint puisse participer, pouvoir bouger comme j'en avais envie... Pour la naissance, je voulais pouvoir participer et prendre la position qui me convenait. Ensuite, je souhaitais faire du peau à peau immédiatement après la naissance et une mise au sein rapide. Aussi, je souhaitais un retardement des soins inutiles (pesé, mesures...). J'ai aussi refusé l'onguent dans les yeux.

Comment ton conjoint a réagi à l’accouchement? Comment t’a-t ‘il supporté?

À ma première, il ne savait pas trop quoi faire. La sage-femme l'a bien guidé. Il m'a servi d'appui, il m'a massé... Pour mon deuxième, il était plus ''actif''. Il était très près de moi, me massait, me disait que j'étais capable... Il a très peur du sang, j'avais un peu peur qu'il réagisse mal, mais à ma grande surprise, il a décidé de voir nos enfants naître et il a même aidé pour l'expulsion de ma première!

Raconte-moi comment a commencé ton travail et comment s'est passé ton accouchement?

J'étais rendu à 41.3 semaines. Malgré tous nos efforts pour que le travail se déclenche par lui-même, mon coco n'était pas pressé. On a tenté les strippings (décollement des membranes), séance de tire-lait, marche, homéopathie... 

Pour que je puisse accoucher à domicile, je devais accoucher avant 42 semaines sinon c'était un transfert automatique à l’hôpital. À ce moment-là, j'avais 2 choix: aller à l’hôpital pour un déclenchement régulier (hormones synthétiques et rupture des membranes). Si je choisissais cette option, ma sage-femme pouvait m'accompagner, mais pouvait être là simplement comme accompagnante. Elle n'avait aucune autorité sur l'accouchement. L'option 2 (que j'ai choisi), ma sage-femme venait à la maison et procédait à la rupture des membranes.
Mardi matin le 12 janvier 2016, ma sage-femme est arrivé à la maison avec tous ses bagages et on s'est installé à la chambre. On a pris un café ensemble, jasé... Je l'ai laissé s'installer tranquillement et vers 11h30, elle a appelé la deuxième sage-femme pour lui dire qu'elle s’apprêtait à rompre mes membranes et de s'en venir tranquillement. 
11h30 : écoute fœtale, pression, et elle s'installe avec le crochet. Je sens un ''sploutch'' chaud! Ça fonctionne! 10 minutes plus tard, j'ai droit à ma première vraie contraction (je n'en avais eu aucune à ce jour, seulement de légères contractions de Braxton). 5 minutes plus tard une deuxième! La sage-femme me fait couler un bain et descend pour me laisser à mon intimité et accueillir la deuxième sage-femme. Pendant que je prends un bain, les contractions s'intensifient et se rapprochent de plus en plus. J'appelle mon chum, il m'aide à sortir du bain. Je m'installe accroupi dans le lit. Mon conjoint me masse les épaules et le dos... j'ai chaud, j'ai mal... dans ma tête tout va beaucoup trop vite, je n'ai plus le temps de respirer! Mes sages-femmes sont là pour m'appuyer et me ramener à moi. Je commence à trouver la douleur complètement insupportable. Ma sage-femme me propose un autre bain, j'accepte! En me rendant vers le bain, je sens que ça pousse, je le dis à ma sage-femme qui me demande si je désire accoucher dans l'eau. Je dis que oui! Finalement, ça pousse tellement fort que je n'ai aucune force pour lever ma jambe et entrer dans le bain, donc je cède à la sensation et je pousse avec les contractions. Je suis debout appuyé sur le bain, je sens que ça brûle, je mets ma main et à ma grande surprise la tête de mon coco est déjà engagée! Ma sage-femme s'agenouille près de moi pour m'aider en cas de besoin, mais je réussis à pousser mon coco et l'attraper par le dessous des bras! Elle m'aide à m'asseoir, il y a du sang sur le tapis de bain, mais je m'en fous, j'ai mon fils dans les bras! Il est 14h05, soit un peu moins de 2 heures après la première contraction. Dans ma tête, tout est allé tellement vite que j'ai l'impression que ça ne faisait que 5 minutes! 
Est-ce qu’il y a eu un moment pendant l’accouchement où tu as regretté ta décision d’accoucher à la maison?

Non, jamais! J'étais bien et à aucun moment pendant mes accouchements, je me suis dit que j'aurais aimé être à l’hôpital.

Quels avantages as-tu vu d’accoucher à la maison?

Le fait d'être dans mes choses, d'avoir un lit confortable, ma propre salle de bain, de pouvoir manger un bon repas tout de suite après l'accouchement, relaxer...

Comment se sont passé les heures suivant l’accouchement? Comment t’en es-tu remise?
Je ne veux pas faire peur à personne avec mon après-accouchement, mais malheureusement vers 18h00 je n'allais vraiment pas bien. Ma sage-femme a tout de suite détecté un énorme caillot qui formait une hémorragie. Je me vidais de mon sang. Heureusement, les sages-femmes sont très bien équipées. J'ai eu des injections d'hormones synthétiques, branchement de soluté, cathéter pour la vessie... Bref, tout s'est fait très rapidement dans le confort de mon lit! Les sages-femmes étaient calmes, mais très efficaces. Avoir été à l’hôpital, je pense que j'aurais été plus alarmée, mais à la maison même si je tremblais, je réussissais à rester relativement zen! Le soluté et une prescription de fer m'ont aidé à m'en remettre assez rapidement. J'étais quand même un peu plus fatiguée et étourdie dans les jours qui ont suivi l'accouchement. 
J'ai tellement aimé mon expérience que malgré ma petite péripétie, bébé 3 (qui n'est pas encore conçu, mais le sera dans un avenir rapproché) aura lui-aussi la chance de naître à la maison! 

Merci à Melyssa pour sa générosité et de nous avoir permis d'en savoir plus sur une pratique peu connue! On lui souhaite plein de bonheur avec sa belle petite famille et on lui souhaite un troisième enfant en santé et un accouchement dans le confort de son chez-soi. 

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